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Etre dans l’économie de moyens volontaire car le cerveau n’a besoin de presque rien pour croire en presque tout.

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La religion, c’est ce qui apprivoise la mort en la rendant représentable. Autant dire qu’elle ne nous la rend imaginable qu’en faisant de la mort un déguisement de la vie – En trichant.

  


«  Rien ne nous détourne plus sûrement de la vie que la représentation. En nous persuadant que rien n’existe pour nous à moins que nous n’en soyons affectés, la représentation fait de chacun le centre du monde. C’est tout naturellement qu’alors il se rapporte tout à soi (…). Tel est l’insupportable solipsisme de la représentation. (…) A l’inverse de ce dont nous persuade la représentation , vivre c’est comme aimer : c’est avoir son centre hors de soi. » . Nicolas GRIMALDI in « Les théorèmes du moi ».

Mais n’est-ce pas là le leurre que de croire qu’il nous est possible de quitter nos représentations comme de sortir de soi ? Je suis la scène depuis laquelle le monde est projeté.


GRIMALDI « Au sens où tout vivant tend à se reproduire, tout individu a dans un autre sa raison d’être. S’il vit, c’est pour que vive un autre. Aussi rien n’est-il plus étrange que d’avoir un Rousseau considérer la vie comme une sorte de bien propre dont chaque individu pourrait jouir  à l’écart de tous les autres, sans en rien partager. Bien loin qu’un tel isolement puisse être la condition d’aucune satisfaction, comment ne pas remarquer que c’est tout au contraire le plus ordinaire châtiment dont les sociétés punissant ceux qui en transgressent l’ordre ? Nul ne s’éprouve jamais si séparé de soi que séparé des autres ? »

 Résonance avec Gide : « J’admire chaque jour davantage, note-t-il, l’étonnante force que cela lui donne de pouvoir se passer sans peine aucune de l’estime ou de l’affection d’autrui. Son égoïsme lui crée une sorte d’invulnérabilité. »

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GRIMALDI « Comme s’il avait hors de lui sa propre raison d’être, il sent avoir dans les autres, le sens, la finalité, ou la destination de ce qu’il est. Telle est cette force centrifuge par laquelle tout individu tend à transmettre à d’autres la vie qui est en lui. Nous n’avons donc pas affaire ici à une vérité, et là à une erreur, mais à deux expressions contradictoires de la vie elle-même. Telle est son originaire et insurmontable ambiguïté. »

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GRIMALDI «  Car le propre de la vie, tout au long de son évolution, est de toujours s’enfermer dans un individu. Il n’est si simple cellule qui ne soit en effet délimitée et protégée par une membrane. Aussi n’y a-t-il rien de plus spontané ni de plus naturel à l’individu que de s’éprouver différent et séparé de ce qui l’entoure. »

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GRIMALDI « Ce corps qui est le mien me précède toujours quoi qu’on puisse penser de moi (…).

Aussi inséparable que j’en sois , tout ce qui appartient à mon corps est donc mien sans être moi. Il nous faut donc d’ores et déjà en reconnaître le fait : j’appartiens bien plus à mon corps qu’il ne m’appartient (…). Nous avons donc affaire à l’unité d’une dualité. ».

  

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L’étonnement que les choses soient ce qu’elles sont ou l’indignation qu’elles ne soient pas ce qu’elles devraient être sont peut-être les deux modalités à l’entrée de la philosophie.

Autrement dit, la philosophie consiste à s’étonner de ce qu’on a l’habitude de voir ; l’indignation commence à l’instant où l’on refuse ce que l’on a l’habitude d’accepter.

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Il n’y a pas de sensation qui ne se caractérise par sa réflexivité. Sentir, en effet, c’est sentir qu’on sent, qu’en est-il pour la pensée ? (Penser qu’on pense ?)

  

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Si l’espace est la métaphore spontanée de la représentation, comment représenter la représentation ? Espaces gigognes -mise en abîme ?

  

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Bergson a rendu sensible la réalité de la durée par la toute banale expérience du sucre qui fond dans un verre d’eau. Entre le moment où l’eau commence à l’imbiber et celui où il a fini de se dissoudre, le délai est incompressible. Il faut donc attendre. Or tout délai s’ensuit de l’antagonisme entre deux tendances, dont l’une s’efforce vers un but et dont l’autre résiste au changement. D’où viendrait, en effet, qu’il fallût du temps si ce n’était parce que le présent résiste à ce qui tend à le changer.

  

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Vouloir, c’est toujours tendre à n’être plus ce que nous sommes pour devenir ce que nous ne sommes pas. C’est ce qui fait de la volonté une puissance d’initiative.

  

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Paralogisme de nos représentations : imaginer un vivant avant la vie, supposer la présence de l’effet avant elle de sa cause…

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Socrate : La mort se pourrait être un sommeil sans rêves…

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Le temps que nous nous représentons comme une scène où pourrait à tout moment survenir quelque chose, est-il autre chose que l’intervalle ouvert par notre attente ?

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 L’essence du spectacle est-elle à chercher dans l’affrontement, le duel ?

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La démarche réflexive est déjà une première forme de réponse à la tentation positiviste ou naturaliste qui consiste à concevoir l’objet indépendamment du sujet observateur.

  

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Le sujet est en effet le seul « objet » qui ait la capacité de se saisir lui-même réflexivement dans la mesure où toute pensée est par essence pensée de la pensée.

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Merleau-Ponty : « Je sais bien que je ne verrai jamais directement mes yeux et que, même dans un miroir, je ne puis saisir leur mouvement et leur expression vivante . Mes rétines sont pour moi un inconnaissable absolu. Et pourtant, elles sont celles sans lesquelles rien de ce que je vois ne serait vu. Ma vue m’est invisible. »

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Considérer avec Nietzsche que toute philosophie est une sublimation plus ou moins réussie du corps, de ses pulsions et de ses besoins, en définitive, un symptôme de la vie au creux de la pensée.

(Il nous faut retrouver les racines biologiques de la pensée…)

La pensée comme travestissement (inconscient) du corps.

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Radicalisation de cette intuition nietzschéenne : le corps propre est pour chaque individu un modèle de perception de la réalité matérielle et de la réalité sociale. Considérer son corps, son comportement et ses façons de sentir, comme archétype, ou du moins prototype de ce qui est humain et à modeler sur lui l’image du monde extérieur . Il construit pour lui-même un modèle-de-soi plus ou moins inconscient et souvent partiellement idéalisé, dont il se sert ensuite comme d’une pierre de touche, d’une norme ou d’une ligne de base pour apprécier les autres et même les objets matériels

 (cf. Georges Devereux : « Notre corps la base du modèle de soi et un point de référence dans l’organisation de la perception de l’environnement. »

Mon travail – sans le savoir – a extrapolé cette intuition ou plutôt, en est l’intuition exacerbée, généralisée à l’espèce humaine. L’homme a vu dans le monde ce qu’il est ou plus encore, l’homme s’est vu dans le monde (et c’est précisément en cela qu’il s’est « voilé » le regard,  il a cru s’y reconnaître.), ce pourquoi il a fait penser le monde malgré lui (de l’invention de Dieu comme idéel humain, à l’anthropomorphisme ambiant qui consiste à penser/croire qu’une intelligence est à l’origine du monde).

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A propos de l’équité ou égalité des sexes : ne jamais oublier qu’en un sens, l’existence des hommes « crée » la féminité comme celle des femmes « crée » la masculinité. 

  

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Bergson : « Notre présent est avant tout l’état de notre corps. »

  

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La chair est l’incorporation de la vie.

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 Point de non-retour : ne plus oser paraître ce qu’on est.

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La politesse n’est-elle que l’apparence du respect ou le respect des apparences ?

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 Connaissance : La seule chose qui s’accroît quand on la partage.

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Pour projet « Mail art » ou œuvre sur ardoise d’écolier : Pourtour ou contour de l’ardoise avec inscription suivante : Parce que formater les esprits n’a jamais été formateur mais peut-être s’agit-il d’une déformation. Au centre de l’ardoise, l’enfant et l’adulte représentés par un cerveau et un corps très épuré. L’enfant interroge l’adulte : « Pourquoi se demande-t-on pourquoi ? » Réponse de l’adulte : « ? ».

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Proust in La recherche (…) : « Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se laisse dépasser par lui-même ; lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sert de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. ».

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Pour installation photographique : Grand miroir (taille humaine) sur lequel est inscrit : « Exposez-moi ». En face, silhouette ne se regardant pas, de dos ou mains sur le visage.

  

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Petit écho ironique avec la théorie du genre qui anime l’actualité, la maxime de Linné selon laquelle, ce ne sont pas les caractères qui font le genre mais le genre qui donne les caractères.

  

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Les trois approches principales développées pour expliquer le geste créateur.

 La première, l’approche behavioriste, décrit l’esprit créatif comme une activité hors du contrôle du créateur lui-même et comme étant conditionné par les lois génétiques et environnementales.

Une seconde vision décrit l’esprit créatif comme une capacité relevant principalement de l’inconscient et frôlant même la folie chez certaines personnalités type.

Finalement, une dernière approche, de type cognitif, définit l’acte de créer comme un phénomène latent chez tous les individus et dont le potentiel peut se développer par différentes techniques.

Le développement de l’esprit créatif comme fonction d’un processus cognitif est illustré par bon nombre de chercheurs (de Bono, 1972 ; Guilford, 1950 ; Koestler, 1964, Osborn, 1959 ; Wallas, 1926).

La capacité de créer est ici comprise comme une opération mentale pouvant s’apprendre à l’instar de l’apprentissage d’une langue ou de la solution d’un problème de mathématiques.

Pour ces différents chercheurs, les individus possèdent tous un potentiel d’idéation pouvant se révéler par l’entremise d’outils de créativité.

La théorie de Wallas, parmi l’une des premières, a établi quatre étapes du processus de création : la préparation, l’incubation, l’illumination et la vérification (il me semblait qu’il s’agissait des quatre temps de Poincaré). Cette première tentative de donner une structure au phénomène de la création a permis d’éclairer le chemin que prend l’idée avant de surgir et de devenir consciente.

La phase de préparation correspond à la représentation du problème ; à cette étape, l’accumulation des connaissances et des expériences passées est mise à contribution. Puis, la phase d’incubation désigne l’étape où les données sont mises en œuvre de manière inconsciente et procèdent à des associations d’idées. A cette étape, une gestation inconsciente des différentes solutions possibles se produit.  L’illumination est le moment où la solution apparaît de manière non prévisible en ne suivant pas toujours chronologiquement les efforts de compréhension qui précèdent. Finalement, la vérification consiste à confronter la solution à la réalité, à la vérifier et à l’appliquer.

Par la suite, de Bono développera la notion de « pensée latérale » en présentant les qualités créatives d’une pensée qui emprunterait différentes avenues, sans direction linéaire préétablie et qui ne suivrait pas une logique dite scientifique.

La pensée latérale se décrirait comme une pensée qui se méfie de l’idée dominante : celle-ci peut constituer un obstacle en figeant la trajectoire et en anticipant une forme définitive. La pensée latérale cherche plutôt à envisager les choses sous un autre angle en laissant les idées s’interpénétrer sans les diviser rigidement. Koestler avec son concept de « bissociation » rejoint l’idée générale de Bono, en mettant en lumière la capacité cérébrale de jongler avec les idées et d’établir les liens interdisciplinaires. Il explique comment l’utilisation des facultés associatives dérivant de la pensée courante quotidienne possède des qualités créatives.

Le « brainstorming », concept innové par Osborn, possède aussi certaines similitudes avec la pensée latérale de de Bono. Il expose entre autres deux principes fondamentaux : premièrement, la réserve de jugement à détenir lorsque l’on crée afin de laisser les idées sortir sans inhibitions ; deuxièmement, favoriser le foisonnement d’idées pour trouver la bonne.

De même, Guilford, dans sa description de la personnalité créative, nous parle de triangle de la créativité basé essentiellement sur les qualités de fluidité (capacité de produire beaucoup), de flexibilité (capacité de passer d’une catégorie à l’autre) et d’originalité ( capacité de trouver des idées originales) qui s’activent notamment par l’opération de la pensée divergente.

Les études de Guilford ont révélé entre autres que l’humain possède deux types d’intelligence issus de la pensée convergente et de la pensée divergente. Donc, le potentiel créateur se manifesterait à travers une forme de pensée ouverte, laissant libre cours à des réponses multiples et originales. Cette forme de pensée possède des affinités avec les découvertes de certains chercheurs qui proclament que leurs idées sont venues à des moments inattendues, une visite fortuite révélatrice en quelque sorte. C’est le cas du physicien et physiologiste allemand, Helmoholz (cité par Weber) qui affirme que ses meilleures idées se sont manifestées lors d’une journée ensoleillée, alors qu’il savourait nonchalamment les doux rayons apaisants. Le mathématicien Poincaré fait la même observation et raconte qu’un des ses éclairs de génie lui est venu lorsqu’il s’apprêtait à monter dans le bus.

On peut citer ensuite le concept de sérendipidité du romancier Walpole, phénomène manifeste de l’esprit créateur dont la faculté est de trouver quelque chose qu’on ne cherche pas, de manière imprévisible, mais qui s’avère utile. A titre d’exemple, la découverte de l’Amérique, le velcro, la pénicilline et les rayons x.

Ce qui amènera ce chercheur à conclure que la sérendipidité figure parmi les quatre autres grands processus créatifs, soit : l’inspiration, l’inconscient, la bissociation et l’exploration-expérimentation.

« Tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur. » Lévi-Strauss.

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 En résonnance avec mon travail, la méthode de l’observation participante où le sujet observateur devient aussi l’objet observé.

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 RegART

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La pensée est à elle-même son propre trompe-l’œil, le trompe-l’œil de l’esprit – ou inversement – l’esprit est le trompe-l’œil de la pensée.

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Faire une œuvre avec cela : Corps nu sur chaise transparente, de biais, tenant un cerveau. Sa tête est « scalpée » au niveau du haut du crâne. Le vide spatial et le vide cérébral se confondent.

 

1er avril : 2ème heureux accident…y a comme qui dirait un poisson sous roche…

La pire des meilleures choses qui pouvaient nous arriver ou la meilleure chose parmi les pires…

  


L’invention du travail ou comment rentrer dans les ordres laïques...

  


 Quel statut conférer à la femme enceinte, qui de fait, se retrouve double sans pour autant usurper une autre identité ?

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Un début de je ne sais quoi : Déjà 34 ans que je fais le tour du soleil, de quoi perdre la boussole, mais non, tout est si bien orchestré, c’est à peine si on le sait. La révolution est une marche silencieuse.

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 Croire en l’amour c’est comme croire en Dieu. L’amour est lui aussi une invention culturelle. Ce qui ne signifie pas que l’amour n’existe pas mais qu’il n’existe que pour ses inventeurs.

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A propos de mon piètre rapport à la technique.

Ce qui m’a toujours fasciné chez l’humain, davantage que la manière dont on fait quelque chose, c’est la manière dont une telle idée a pu germer dans un esprit.

L’idée est toujours première, le faire est secondaire.

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Nous avons entrepris avec la vie, un dialogue «  aporétique », étymologiquement « sans issue ».

 

Berkeley : « être, c’est être perçu. ».

 

A réaliser – « Objets chimères » –à trois dimensions : une dimension réelle, c’est-à-dire matérielle ; une dimension symbolique, soit sa représentation et la dimension nous permettant de nous y rapporter ou plutôt d’occulter sa réalité pure au profit de sa représentation. Il s’agit en quelque sorte de la « profession de foi » (consciente ou non) qui nous y rattache, ou plus encore du processus cognitif à l’œuvre qui nous fait croire en l’absoluité de nos inventions.

  


A la question : « Pourquoi fait-on des enfants ? », « parce que la vie n’existe qu’à travers le vivant », cela dit, on peut se contenter d’exister.

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Si on peut exister sans vivre mais non vivre sans exister, n’est-ce pas en effet, déplacer ou replacer la question ontologique. Encore plus fascinant parce que plus incompréhensible que la vie, l’existence. (cf. le cas de la pierre d’Heidegger).

  


Un premier chapitre intitulé « ceci n’est pas un début ».

Comment ne pas commencer ? (…) Ni début ni fin ; ni œuf, ni poule ; ni naissance, ni mort.

Comment s’échapper de notre cadre mental ? Comment être à nous-mêmes notre propre hors-champ ?

  


Merleau-Ponty : Il faut retrouver dans notre expérience propre « l’essence de toute psyché possible. »

   


La démarche réflexive est une première forme de réponse à la tentation positiviste ou naturaliste qui consiste à concevoir l’objet indépendamment du sujet observateur. Objet supposé extérieur qui pourrait donc être appréhendé du dehors comme une chose. Il s’agit pourtant de ne pas se laisser « duper par une apparente analogie entre les choses de la nature et les choses humaines » comme l’exprime Bergson.

Le sujet est en effet le « seul » objet qui ait la capacité de se saisir lui-même réflexivement dans la mesure où toute pensée est par essence pensée de la pensée.

  

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Bergson souligne l’erreur tapie au fondement de toutes les psychologies expérimentales : celle qui consiste à nier l’originalité de l’esprit humain en établissant un parallélisme entre les stimuli physiologiques et les phénomènes psychiques, posant des rapports d’équivalence entre le cerveau et la conscience, la pensée et l’organisme. La théorie bergsonienne de la relation du corps et de l’esprit critique expressément les systèmes explicatifs parallélistes (épiphénoménisme, réalisme, idéalisme) qui tirent un trait d’égalité absolue entre « la pensée et le mouvant » : « Entre la conscience et l’organisme, il y avait une relation qu’aucun raisonnement n’ait pu construire a priori, une correspondance qui n’était ni le parallélisme ni l’épiphénoménisme, ni rien qui y ressemblât. ». Car ces types de raisonnement étendent «  aux choses de la vie les procédés d’explications qui ont réussi pour la matière brute », alors qu’ « aucun phénomène matériel, aucune modification cérébrale ne saurait être coextensif à l’immensité infinie d’un état d’âme ; il n’ y a pas dans l’anatomie du système nerveux de quoi rendre compte de la profondeur et de la richesse inépuisables du plus humble fait spirituel ». (Ici se situe selon moi la limite de la théorie bergsonienne car la complexité d’un fait mental se traduit précisément par la multiplicité des connexions générées. Si les impressions et idées n’avaient pas d’incidence sur le cerveau, l’activité cérébrale de celui-ci ne consisterait pas à opérer en permanence des modifications sur soi.).

 Un autre argument avancé par Bergson concerne l’impossibilité de ramener le vivant à une « simple analyse ». La vie ne se laisse pas réduire à des concepts figés ou abstraits car « nous sentons bien  qu’aucune des catégories de notre pensée, unité, multiplicité, causalité mécanique, finalité intelligente, etc., ne s’applique exactement aux choses de la vie : qui dira où commence et où finit l’individualité , si l’être vivant est un ou plusieurs, si ce sont les cellules qui s’associent en organisme ou si c’est l’organisme qui se dissocie en cellules ? En vain, nous poussons le vivant dans tel ou tel de nos cadres. Tous les cadres craquent. ».

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A l’affirmation « j’ai un corps », il convient d’opposer cette affirmation plus originaire : « je suis mon corps ». Michel Henry.

A mettre en résonance avec Simone de Beauvoir « La femme comme l’homme est son corps, mais son corps est autre chose qu’elle. ».

Mon corps me précède, son image me devance.

 


Le corps est présence continue à soi – une image vécue.

 


Comme le rappelle Jean-Marie BROHM,  « Dans la plupart des grandes œuvres philosophiques le corps constitue le référent implicite ou fantôme du discours, soit comme présence inanalysée, soit comme fragment de pensée, soit enfin comme limite à la conceptualisation. », ce pourquoi il nous faut repartir du corps pour conceptualiser la pensée.

 

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Retour sur l’extrapolation nietzschéenne selon laquelle toute philosophie est une sublimation plus ou moins réussie du corps, de ses pulsions et de ses besoins, en définitive un symptôme de la vie dans toute sa diversité. Si l’on admet cette thèse radicale selon laquelle la philosophie, notamment la métaphysique , n’est que le « travestissement inconscient de besoins physiologiques sous les masques de l’objectivité, de l’idée, de la pure intellectualité », on peut en effet se demander avec lui «  si tout compte fait, la philosophie jusqu’alors n’aurait pas absolument consisté  en une exégèse du corps et un malentendu du corps. ».

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Bergson : « A mesure que mon corps se déplace dans l’espace, toutes les autres images varient ; celle-ci au contraire, demeure invariable. Je dois donc bien en faire un centre, auquel je rapporterai toutes les autres images. »

 

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Une question épistémologique majeure qui est peut-être le préalable à toute réflexion sur la pensée serait celle-ci : Comment cet « objet » irreprésentable qu’est la pensée opérant précisément par représentation et dont la connaissance passe nécessairement par la fabrication de représentations pourrait-elle être autrement représentable ? En d’autres termes, comment représenter un objet irreprésentable procédant pourtant par représentations ?

Une question qui me taraude…

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Quand le FN devient NF. A la question de naïve de mon mari à propos de la victoire du FN aux élections européennes : - «  Et qu’est-ce qui va changer au juste ? », me demanda-t-il.

-          « C’est comme si moi, lui rétorquais-je, athée militante, on me propulsait à la tête de la papauté ! ».

 

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Et si le cerveau n’était que la « conscience » du corps ?

 

Cf. Schopenhauer  qui soutient que notre corps se révèle à notre conscience sous deux formes : comme représentation et comme volonté. « Le corps entier n’est que la volonté objectivée, devenue perceptible. »

« Les parties du corps doivent correspondre parfaitement aux principaux appétits par lesquels se manifeste la volonté ; elles doivent en être l’expression visible, les dents, l’œsophage et le canal intestinal sont la faim objectivée ; de même les parties génitales sont l’instinct sexuel objectivé (…) ».

 

Valéry sur la question : « Ce corps si mien, et pourtant si mystérieusement, et parfois, et finalement toujours, notre plus redoutable antagoniste est un espace étrange, asymétrique, et dans lequel les distances sont des relations exceptionnelles. Je n’ai aucune idée des relations spatiales entre « mon front » et « mon pied », entre « mon genou » et « mon dos ». Il en résulte d’étranges découvertes. Ma main droite ignore généralement ma main gauche. Prendre l’une dans l’autre , c’est prendre un objet non-moi. »

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Sartre :  « (…) sur le sommet de la colline, que je nomme précisément un « beau point de vue », je prends un point de vue, dans l’instant même où je regarde la vallée. Et ce point de vue sur le point de vue est mon corps. »

 

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 « Mon corps est également la forme contingence que prend la nécessité de ma contingence. » Sartre

 

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« Je suis possédé par autrui, le regard d’autrui façonne mon corps dans sa nudité, le fait naître, le sculpte, le produit comme il est, le voit comme je ne le verrai jamais. Autrui détient un secret : le secret de ce que je suis. » Sartre

Une origine, narcissique, à l’amour ?

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A l’origine du dualisme de notre pensée : comment puis-je me sentir identique à mon corps et en même temps, capable de m’en différencier, m’en distancer sans pour autant pouvoir m’en séparer ou m’en couper complètement. Nous n’avons pas ce rapport à notre pensée, ce pourquoi, peut-être, nous avons cru son unité omnipotente.

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L’abstraction est-elle une privation du sens ?

 


Husserl à propos du corps : « il est le point de l’espace d’où partent toutes ses orientations et perspectives ».

 


Le sens est partout parce que nous l’inventons, sinon, il n’est nulle part…

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Husserl encore : L’expérience nous apprend que notre corps appartient à l’ordre des « réalités animales » qui se caractérisent comme des « corps charnels animés ».

 

Cf. Œuvre /installation miroir : se voir se voir.

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Mon corps en tant qu’il est vécu par moi, avec son système d’organe des sens et son champ de perception, ne peut devenir un objet pour moi justement parce que je le vis, parce que je le suis, et que je ne puis introduire entre lui et moi la « distance » nécessaire pour le faire apparaître comme objet, en face de moi, le sujet.

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Mon corps est le centre d’orientation des choses.

 


Le paradoxe de la corporéité prise entre l’être et l’avoir, selon Sartre : Je suis mon corps sans cesser de l’avoir.

Résonnance avec ma petite considération intempestive sur l’être et le paraître : avoir à défaut d’être, c’est cela le paraître…

En d’autres termes, regarder son corps comme un objet à exhiber, n’être plus que ce qu’on est vu.

 


Mon corps m’échappe dès lors qu’on me regarde.

 


Mon « dehors » est à l’autre, mon « dedans » m’est inconnu.

 


« Le corps est notre moyen général d’avoir un monde. » Merleau-Ponty

Plus encore, d’avoir deux mondes…

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La vie appartient à ceux qui s’y inventent le mieux…

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La plupart du temps, et à l’inverse des gens, les choses me passionnent théoriquement et m’ennuient sur un plan pratique.

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« Le corps est l’existence figée et l’existence, l’incarnation perpétuelle. » Merleau-Ponty

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Le corps précède la pensée dans la mesure où il lui donne à penser.

 


Chacun est né dans un « dire » le précédant, avant de naître à soi-même. Lyotard semble justement évoquer cette « situation » lorsqu’il décrit le nouveau-né comme un être prématuré dans la langue dont la première touche « s’empare de lui avant qu’il ne s’en pare ». Oublieux comme nous le sommes, nous avons l’habitude d’en parler « au passé », comme si nous faisions simplement usage de la langue et avec elle de « notre » corps, sans tenir compte des traces que l’événement du « prématuré » laisse à jamais et qui influencent le présent et le futur, puisqu’elles ne renvoient pas seulement à l’incomplétude du corps mais aussi à celle de l’esprit.

Ma théorie ou petite ritournelle : L’autosuffisance progressive de notre cerveau sur un plan évolutif s’inscrit en  contre-réaction à cette insuffisance constitutive. 

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Les prémisses de la pensée que constituent notamment la représentation et le langage, se réfèrent à un passé irrécupérable, irreprésentable et innommable, un temps à jamais perdu et nous suspendant dans cette nécessité du dire dont on appréhende la complexité en éduquant un enfant.

 

L’art contemporain ne serait-il qu’un discours sur son impossibilité précisément à être autre chose ?

Incapable d’incarner ce qu’il dit, d’être ce qu’il exprime, de rendre sensible les concepts dont il use quand bien même il s’agirait de sa vocation première. Parvenir à faire advenir la pensée, plus encore, lui donner corps.

 


Pour présentation « Pensoir de poche » : un non-livre, sans narration, ni début ni fin en ce sens que nous pensons toujours dans et avec la pensée qui nous précède et nous succède. Ne raconter aucune histoire, si ce n’est celle de la pensée, l’incarner.

 

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Jeux de mots : La République – L’art est public.

La Révolution – L’art evolution.

CurYEUX.

 

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Corps, ce lieu d’assignation ontologique.

 

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Le sujet selon le double paradigme d’exclusion et d’inclusion. Selon le principe d’exclusion, personne ne peut dire « je » à ma place. Je suis le seul à occuper ma place. Autrement dit, « Je » est une position égocentrique. J’occupe le centre de mon monde. Ce qui ne se réduit pas à l’égoïsme car le « je » peut s’inscrire dans un « nous », principe d’inclusion, c’est-à-dire en même temps, inclure le Nous dans mon Je.

 

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A propos de notre dualisme originaire : La conscience de soi trouve son origine dans le dédoublement. Dans le monde archaïque, cette conscience de soi a émergé sous sa première forme qui était le double : lorsque l’on a observé  son reflet dans l’eau, vu sa propre ombre ou fait l’expérience que pendant le rêve on continue à vivre tout en restant couché, on éprouve qu’il y a un double qui nous habite, qui est autre que moi, et qui pourtant n’est autre que moi. L’idée d’un double ou d’une âme se libérant après la mort, quittant le cadavre en décomposition et continuant à vivre sa vie propre dans un Ailleurs, se retrouve dans toutes les croyances archaïques et dans de nombreuses croyances contemporaines.

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Temps : Chacun sait que de l’enfance à la sénescence, il y a changement ininterrompu de morphologie. Or, l’identité reste la même malgré cette altération continue.

 


Avoir un corps c’est avoir conscience du rapport que l’on entretient avec le dehors.

 


L’animal n’éprouve pas le besoin de se rapporter au monde. Il est au monde. Pourquoi notre existence ou plutôt notre « exister » ne nous suffit-il pas ? Serait-ce parce que la conscience nous en fait douter ?

 


A partir du moment où l’on mesure l’intelligence par des quotients intellectuels, qu’est-ce qu’on mesure ? On mesure, en fait, la faible intelligence de celui qui applique ces tests.

 

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Le mal de nos sociétés actuelles se situe à l’endroit de la déréalisation qui s’opère au nom de la scientificité, c’est-à-dire  le règne du calcul, de la mesure et de la quantité, des données statistiques et autres données qui excluent tout ce qui n’est pas calculable.

Car tout ce qui révèle le réel, le rôle du hasard ou de la contingence, de l’inattendu, du marginal, crée de l’insécurité mentale.

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Contrairement aux autres animaux, l’être humain cherche constamment à transformer un réel qui l’angoisse. Il lui faut le domestiquer, le mesurer, le mettre au service d’une culture (de ce point de vue), jamais assez cultivée.

 

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Faire une œuvre de cela – Comment représenter la réflexivité ou cette propension de la pensée humaine à réfléchir sur ce qu’elle est ? Un cerveau se contemplant ? Le mettre en scène comme un visage que nos mains soutiendraient devant  et derrière un miroir ( fabriquer une boîte-miroir).

 

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Dessiner un homme dont on verrait son cerveau à l’intérieur duquel on le verrait penser. Mise en abîme.

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 Notre ordre du monde : Il était convenu que les savants s’occupent du comment et que les religions s’occupent du pourquoi… sans se demander s’il y avait au préalable un pourquoi à l’origine du comment…

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Pour Einstein, comme pour la majorité des scientifiques de son époque, l’Univers doit être stable et statique. Pour justifier son instabilité découlant de la gravitation , Einstein invente  la « constante cosmologique », une sorte de force cachée dans le vide qui œuvre contre l’attraction universelle. La gravitation est considérée en physique comme une accélération qui influence le temps (théorie de la relativité). Plus on est loin de champs gravitationnels et /ou plus on voyage vite, moins on vieillit.

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On finit tous grimé, le visage maculé de maquillage comme l’ultime touche de notre déni de la mort. Avoir encore l’air vivant sur son lit de mort, quel bel oxymore. Sublimé lorsque le regard que l’autre de nous porte disparaît à jamais.

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Faire une œuvre avec cela – Sorte de circuit aux allures de jeu d’enfant où au lieu de se faire succéder les boules de bois à guider, une enfilade petits cerveaux attendraient à la queue leu leu d’être déplacés.

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Ça y est. Si le clonage suffit à la reproduction de l’espèce, nous voici virtuellement débarrassés de la fonction sexuelle. La reproduction biotechnologique nous affranchira-t-elle de la sexualité et par extension, de l’animalité en libérant précisément la sexualité du joug de la reproduction ?

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Fabriquer du sens à partir du couple instinctuel/conceptuel – le Moi-Toi, une machine instinctivo-conceptuelle (à l’instar du bicéphale).

 

 

 

©Virginie BOUTIN

 

 

 

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