H o r s – s c è n e
? — Le monde est la scène de notre gigantesque fiction, vous ne pouvez plus le nier ?
?’’ — Des
preuves.
?’ — Des preuves, vous voulez des preuves ?
?’’ — Comme je vous le dis.
? — Empirique, on passe notre temps à passer à côté, vous vous ne lisez pas de mécanique quantique ?
?’’ — …
?’ — Par où commencer ?
?’’ — Par le début.
? — C’est une monomanie. Je ne sais pas… si Darwin, par exemple !
?’’ — C’est un homme.
? — Exceptionnelle propension à l’erreur, donc, vous comprenez.
?’ — Avant, il y eu Copernic, après Freud. Plutôt Nietzsche. L’homme a humilié l’homme dans toutes ses dimensions.
? — L’homme. Il feint de ne pas comprendre mais saisit trop bien. Tant que nous n’aurons pas trouvé mieux pour l’humilier, il se relèvera.
?’’ — Technologie.
?’ — ça ne vexe pas, ça conforte.
? — Une preuve en dehors d’une « intelligence » qui la pense n’en sera jamais une.
?’ — C’est pourquoi l’homme n’a pas eu besoin de preuve de Dieu pour y croire.
? — ça renforce ce que l’on soupçonne. L’homme se refuse à penser son absurdité.
?’ — Mais il pense celle du monde.
? — C’est le dernier leurre. Ce n’est pas le monde qui est absurde, c’est la pensée qui le pense.
?’ — Mais c’est bien pour cela que le monde est absurde, il ne pense pas !
? — Or, qu’est-ce que « penser » sinon l’art de rendre le monde pensable ?
?’’ —
…
BOUTIN, Virginie. Petite scénologie de la pensée. Expérience sur l'idiopathie humaine. L'Harmattan, Paris, 2008, cit., p.113-114.